Une empreinte de solidarité, d’engagement et de respect

Catégorie : HFR
Rédigé par Priska Rauber
Mercredi 19 février 2025

Départ de Marc Devaud

Directeur général depuis 2018, Marc Devaud passe les rennes de l’HFR cette fin février à son successeur, Philipp Müller. L’occasion d’un retour en arrière sur ces sept années « la tête dans le guidon », où entre le Covid, l’inflation, la complexification du système de santé et la votation populaire, pas grand-chose ne lui aura été épargné. 

« Désolé pour le retard. » Il est 8 h 06. Six malheureuses petites minutes… « Peut-être, mais je n’aime pas être en retard », précise-t-il. La ponctualité est bien la politesse des rois.

Marc Devaud passe les rennes de l’HFR à la fin de ce mois de février, après sept années à sa tête. Une part de lui a quand même un peu l’impression d’abandonner le navire, « car je suis attaché à cet hôpital. Mais j’ai eu sept ans très compliqués. J’ai vraiment besoin de vacances ! » Il hésitait à prendre des antidépresseurs, il va finalement prendre une pause des gens (il a lu cette phrase quelque part, elle lui a parlé). Car s’il est un homme solidaire, sa nature est plutôt solitaire. « J’aimerais partir trois mois, seul, hors du monde. A la montagne sans doute. » 

 

Le point de bascule, le moment où l’idée de faire valoir ses droits à une retraite anticipée est apparue date de fin 2022. A son arrivée quatre ans plus tôt, il a géré le déficit d’image de l’HFR (sous le coup de deux audits), la reconstruction d’une équipe de direction puis la pandémie de Covid et son cortège ininterrompu de défis. Il pensait enfin le moment arrivé de pouvoir atteindre l’équilibre financier. Et tombe l’annonce de l’inflation et de l’indexation des salaires.

Une bonne chose en soi cette indexation, évidemment. Sauf que cette augmentation importante des salaires, décidée par l’Etat, devait être assumé quasi exclusivement par l’HFR. Les autres augmentations liées à l’inflation n’allaient pas arranger les choses. « J’ai tout de suite compris que les prochaines années allaient être très compliquées. L’augmentation des tarifs, pour autant qu’on en obtienne, n’allait de loin pas suffire. J’ai également bien compris que ça allait être à nous de nous débrouiller seul pour trouver des solutions, travailler encore plus sur l’efficience avec un rythme humainement compréhensible pour le personnel. Mais je craignais que cela ne suffise pas. »

Et nous en sommes là. Ni les tarifs, ni l’aide étatique ni les mesures d’efficience n’ont permis de compenser les effets de l’inflation et de l’indexation des salaires.  « Et aujourd’hui, l’Etat nous demande d’atteindre l’équilibre financier en 2028. Pour y arriver, on devra faire des choix qui ne seront certainement pas simples et parfois difficiles à expliquer au personnel et à la population. Tout cela commence à toucher à mes valeurs et je me suis dit que j’étais arrivé au bout de ce que je pouvais amener. » 


Le système de santé aussi est arrivé au bout, estime-t-il. « On lui demande de faire du business, avec des règles qui ne sont pas celles du business. Il est tellement complexe qu’il faut des spécialistes et des experts juste pour le comprendre et le faire fonctionner – et ça, au détriment de la base, à savoir soigner. »

Et sans soignant-e-s, pas d’hôpital. Une évidence qu’il n’en peut plus de rappeler. « Ce qui a toujours été important pour moi, c’est qu’une majorité de gens (on n’a jamais tout le monde) ait du plaisir à venir travailler. Nos vies sont déjà compliquées, nous ne sommes pas dans une période insouciante… » Ce sont eux qui ont été au centre de son engagement. C’est auprès d’eux que le directeur trouvait son énergie. « J’aimais aller dans les services, confie-t-il. Je savais alors pourquoi je bossais. » 

Pour elles et eux, mais aussi pour la population de ce canton. L’un des moments forts de sa carrière a été le road trip de l’HFR, en 2022. « J’ai beaucoup appris. Les gens arrivaient souvent très agressifs sur le stand, et après nos échanges, ils repartaient – pas forcément d’accords – mais beaucoup moins agressifs ! La communication, c’est bien le nerf de la guerre. »

Il concède qu’elle est difficile aujourd’hui, « car les gens s’informent sur les réseaux sociaux, ils n’ont plus confiance en les gouvernements ni en les médias. Mais il ne faut rien lâcher. Expliquer, toujours. Je me dis que si j’avais mis encore plus d’effort à expliquer, nous aurions éventuellement pu éviter la votation de juin dernier pour des Urgences de proximité H24… »

Marc Devaud comprend les craintes de la population. « Cet hôpital, en particulier l’hôpital cantonal, c’est une histoire d’amour-haine avec sa population. Elle y tient, elle aime en parler, mais aussi le critiquer. Il faut vivre avec ça. Quand des choses ne se passent pas bien à l’hôpital, ça inquiète tout le monde, parce qu’il est important. Cette importance est aussi ce qui m’a motivé à trouver des solutions. »

 

L’HFR et ses gens vont bien sûr lui manquer. Ce qu’il ne va pas regretter en revanche, c’est devoir marteler les valeurs de l’hôpital à des personnes qui ne les appliquent pas.  « Devoir faire comprendre à certains qu’il faut travailler en équipe plutôt que de manière égoïste et individuelle ou expliquer à une personne ce qu'est le respect, ça me fatiguait parfois… ! »

Il parle encore au présent. A quelques jours du départ, Marc Devaud n’a pas encore coupé le lien.  « Je sais que je vais lâcher, mais aujourd’hui, je n’y arrive pas encore. » Impossible donc pour lui de répondre à notre question : où se voit-il dans cinq ans ? « Je ne sais absolument pas ! En santé j’espère. » 

Après ses trois mois en ermitage, il compte revenir au monde et peut-être accepter des mandats ponctuels, mais en gardant du temps pour lui. « Si je vois passer un problème d’intérêt général, je me vois assez chercher des solutions, voire m’impliquer. Par contre, il faut que cette démarche ait du sens. Des fois je me trouve bête ! Je me dis ‘’bon sang Marc, tu te compliques la vie’’. Mais c’est dans ma nature, on est passionné ou on ne l’est pas. »

Il laisse à l’HFR une empreinte de solidarité, d’engagement et de respect. Trois valeurs qu’il emporte avec lui dans ce nouveau chapitre de sa vie. 

Avec un reste de sugus et de vieille prune – ses armes secrètes pour amadouer parfois certain-e-s réfractaires aux changements !

Nous lui souhaitons le meilleur.

Du tac au tac

Vision ou mission ?
Les deux, clairement. La vision permet de donner du sens à la mission.

Préparer ou improviser ?
Préparer. Je suis plutôt du genre à anticiper, c’est même mon leitmotiv.

Utopiste ou réaliste ?
Les deux ! Je suis un idéaliste qui a les pieds sur terre.

Facebook ou Insta ?
Ni l’un ni l’autre. Je ne suis pas sur les réseaux. J’y serai un jour peut-être.

Raclette ou fondue ?
J’aime les deux, mais sur l’année je mange plus souvent la fondue.

Matin ou soir ?
De nature, plutôt soir. Mais avec ma profession, matin.

Chien ou chat ?
Chat. En ce moment je n’en ai plus, par manque de temps.

Eléments biographiques

Directeur général de l’HFR depuis le 1er juillet 2018, Marc Devaud assure la direction de de l’établissement hospitalier public fribourgeois qui emploie 3'800 collaborateurs et collaboratrices répartis sur quatre sites (HFR Fribourg- Hôpital cantonal, HFR Meyriez-Murten, HFR Riaz et HFR Tafers) qui fonctionnent en réseau. 

Après une formation d’infirmier, il travaille quelques années à l’Hôpital cantonal de Fribourg. Il opère ensuite une réorientation professionnelle dans le domaine informatique, métier qu’il pratique durant quelques années à l’Hôpital cantonal.

Il rejoint ensuite le secteur privé et occupe le poste de sous-directeur de la Clinique Garcia entre 1995 et 1999. Après un court passage à l’Ecole du personnel soignant en tant que responsable informatique et enseignant, il revient à l’Hôpital cantonal de Fribourg en 2001 où il occupe la fonction de chef de projet. A la création de l’HFR en 2007, il devient chef du Service projets et développement, puis chef du Département informatique et projets. De 2012 à 2015 il est Directeur administratif et organisationnel et devient en 2016 Directeur des systèmes d’informations et projets. A deux reprises (2015-2016 et début 2018) il assure l’interim en tant que Directeur général.

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